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PRÉSENTATION

La "Stichting Het Laatste Nieuws" a vu le jour le 3 mai 1955 et a reçu pour mission de perpétuer le courant idéologique du journal flamand éponyme. L’initiative s’inscrivait dans la mouvance internationale amorcée au cours des années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale en vue de garantir l’indépendance des journalistes. Cette tendance prit corps dans le journal parisien Le Monde en 1951 et dans le General Council of the Press britannique en 1953. Le cas flamand présentait toutefois une spécificité appuyée. À l’inverse des modèles étrangers, l’initiative avait été lancée par le propriétaire du journal, Julius Hoste jr., ministre du gouvernement belge en exil à Londres. La deuxième originalité résidait dans le but idéologique marqué de l’idée fondatrice. Hoste était convaincu que seul un libéralisme social moderne – tel celui décrit sous son impulsion personnelle et celle de Salvador de Madariaga dans le Manifeste d’Oxford, à l’occasion de la création de l’Internationale Libérale le 14 avril 1947 – pouvait offrir une parade efficace aux rava¬ges causés par le régime totalitaire nazi en Europe.

Peu avant son décès, Julius Hoste avait chargé Albert Maertens, son frère spirituel et successeur à la tête de Het Laatste Nieuws, de créer une fondation qui veillerait à ce que le journal continue à véhiculer les pensées humanistes libérales, en conservant sa totale indépendance par rapport à la politique du parti. Hoste avait remis à Maertens une petite liste de «libéraux incorruptibles» susceptibles de soutenir la Fondation. La continuité idéologique fut assurée grâce à la règle de la cooptation de nouveaux membres. Deux clauses capitales sont gravées dans les statuts de la Fondation et de la maison d’édition, la S.A. Hoste. D’une part, l’engagement de tous les nouveaux journalistes et des rédacteurs en chef requiert l’approbation préalable de la Fondation. La force juridique de leur nomination est subordonnée à la signature du Manifeste d’Oxford. D’autre part, la cession du fonds de commerce et du titre du journal à des tiers peut seulement être réalisée après que ces tiers ont souscrit aux mêmes obligations envers la Fondation que celles assumées par les propriétaires précédents ; en d’autres termes, ils doivent reconnaître qu’il appartient à la Fondation de définir les lignes générales de l’orientation politique du journal. Voilà à présent cinquante ans que la construction idéologique de Hoste et Maertens prouve son efficacité, même après le passage du journal dans d’autres mains. La collaboration constructive instaurée avec les S.A. successives repose aussi sur le fait que l’administrateur délégué de la maison d’édition et le rédacteur en chef du journal assistent toujours, en qualité d’observateurs, aux réunions de la Fondation – qui, pour des raisons légales, est dénommée “Raad Het Laatste Nieuws vzw” depuis 2004.

L’existence du Raad Het Laatste Nieuws revêt également une grande importance sur le plan social. Il a toujours accordé aux journalistes la liberté de propos, pour autant qu’ils respectent le Manifeste d’Oxford et les normes de qualité professionnelles, indépendamment de toute considération tactique et stratégique liée à la politique du parti. Chaque fois que cette liberté professionnelle a été menacée, le Raad a offert un filet de sécurité adapté aux professionnels de la presse. Il arrive aussi que le Raad rappelle les journalistes à l’ordre et leur remémore les règles déontologiques en vigueur lorsqu’ils décochent de vaines attaques personnelles contre des hommes politiques au lieu de viser le contenu des messages. Le Raad tente ainsi de réussir l’exercice d’équilibre, ô combien difficile, qui consiste à préserver les fondements du libéra¬lisme humaniste flamand tout en formulant au besoin des annotations critiques quant à la traduction de ces nobles principes dans la politique du parti au quotidien - une certitude rassurante pour cette fraction considérable de la société flamande qui se plonge chaque jour dans le «plus grand journal flamand» et apprécie la confrontation quotidienne avec la noble philosophie du libéralisme moderne, humaniste et social.

Walter Prevenier
Président du Raad Het Laatste Nieuws vzw

 

MANIFESTO D'OXFORD 1947

      Conférence Libérale Internationale tenue à Wadham College, à Oxford, en Avril, 1947

      Nous, Libéraux de dix-neuf pays rassemblés à Oxford alors que règnent les désordres, la misère, la faim et la peur occasionnés par deux guerres mondiales;
Convaincus que l'état dans lequel se trouve le monde est essentiellement causé par l'abandon des principes libéraux;
Affirmons notre foi telle que la définit la Déclaration suivante:


I

1. L'homme est au premier chef un être capable d'une pensée et d'une action indépendantes, sachant distinguer le bien du mal.

2. Le respect de la personne humaine et de la famille est la base véritable de la société.

3. L'Etat n'est que l'instrument de la communauté; il ne doit assumer aucun pouvoir contraire aux droits fondamentaux du citoyen et aux conditions essentielles d'une vie responsable et créatrice, à savoir:
    la liberté personnelle, garantie par l'administration indépendante de la loi et de la justice;
    la liberté religieuse et la liberté de conscience;
    la liberté de parole et la liberté de la presse;
    la liberté d'association et de non-association;
    la liberté du choix d'un métier;
    la possibilité d'une éducation approfondie et variée, conforme aux dons de l'individu et ne dépendant ni de sa naissance, ni de ses moyens financiers;
    le droit à la libre possession de biens et la libre entreprise individuelle;
    le libre choix du consommateur et l'occasion de profiter pleinement de la productivité du sol et de l'industrie;
    la sécurité en cas de maladie, de chômage, d'infirmité et de vieillesse;
    l'égalité des droits entre hommes et femmes.
4. Seule, une véritable démocratie peut garantir ces droits. La démocratie véritable, inséparable de la liberté politique, est basée sur le consentement conscient, libre et éclairé de la majorité, exprimé par voie d'un scrutin libre et secret, les libertés et les opinions des minorités étant également respectées.


II

1. La suppression de la liberté économique entraîne inévitablement la disparition de la liberté politique. Nous sommes opposés à semblable suppression, qu'elle soit causée par les nationalisations ou les monopoles, trusts et cartels privés. Nous n'admettions que la nationalisation des entreprises dépassant les possibilités de l'entreprise privée ou dans lesquelles la concurrence ne fonctionne plus.

2. Le bien-être de la communauté doit l'emporter, et être garanti contre tout abus de pouvoir de la part de groupements d'intérêts.

3. L'amélioration constante des conditions d'emploi, de logement et de vie des travailleurs est essentielle. Les droits, devoirs et intérêts de la main d'oeuvre et du capital sont complémentaires; la consultation et la collaboration organisées entre employeurs et employés sont essentielles au bien-être de l'industrie.


III

      Qui veut être libre doit nécessairement servir, à chaque droit correspond un devoir. Pour que des institutions libres fonctionnent efficacement, chaque citoyen doit ressentir une responsabilité morale à l'égard des autres hommes, ses frères, et participer activement aux affaires de la communauté.


IV

      Pour que la guerre soit abolie et que soient restaurées la paix mondiale et la prospérité économique, toutes les nations doivent remplir les conditions suivantes:

(a) Participer loyalement à une organisation mondiale où toutes les nations, grandes et petites, obéiraient à une même équité, et qui aurait le pouvoir d'assurer la stricte observation de toutes les obligations internationales librement contractées.
(b) Respecter le droit de toute nation de jouir des libertés fondamentales de l'homme.
(c) Respecter la langue, la foi, les lois et les coutumes des minorités nationales.
(d) Permettre le libre échange des idées, des nouvelles, des biens et des services entre nations, ainsi que les libres voyages à l'intérieur et à l'extérieur des frontières nationales, sans censure, barrières douanières ni règlements des changes.
(e) Développer les régions sous-développées du monde, avec la collaboration de leurs habitants, pour leur plus grand avantage et celui du reste du monde.

      Nous faisons appel à tous les hommes et à toutes les femmes qui souscrivent, d'une façon générale, à ces idéaux et ces principes pour qu'ils se joignent à nous et s'efforcent avec nous d'en assurer l'acceptation dans le monde entier.